De l’art d’écrire et parler sans genrer

Il est notablement difficile, en français, de parler de soi ou de quelqu’un sans devoir ajouter des marques de genre dans la phrase. C’est une compétence que je pratique cependant depuis environ 3 ans, à diverses fins, dont celle de ne pas outer des amies trans. Avec le temps, on découvre des trucs et astuces pour le faire, que je tenais à partager ici.

À l’écrit et à l’oral

Écrire du texte sans se genrer ou sans genrer une personne est extrêmement difficile en français, car la plupart des mots, en particulier les adjectifs, ont une forme différente au masculin et au féminin. Cependant, on peut utiliser les méthodes suivantes pour faire des phrases neutres :

Utiliser des adjectifs et noms épicènes
Un mot épicène est un mot qui prend la même forme au masculin et féminin. En particulier, la quasi-totalité des adjectifs en -e le sont, mais on peut également mentionner des mots d’emprunt ou abbrévations comme dire « Je suis KO » au lieu de « Je suis fatigué⋅e ». L’utilisation de tels mots permet d’éviter la marque de genre qui viendrait habituellement qualifier l’adjectif ou le nom.
Utiliser des pronoms personnels neutres
Quelques pronoms personnels, en particulier les pronoms personnels compléments, sont identiques au masculin et au féminin. On peut en particulier citer tous les pronoms personnels réfléchis (« me », « se », …), le pronom personnel « l’ » faisant office de « le » ou « la » en complément d’objet direct lorsque suivi d’une voyelle (« Je l’aime » à opposer à « Je le⋅la déteste »), et « lui » faisant officile de complément d’objet indirect qui est identique au masculin et au féminin (« Je lui ai donné »). Les pronoms personnels du pluriel « les », « leur », si applicables, sont également neutres. Enfin, quitte à changer légèrement le sens de la phrase, on peut utiliser le pronom personnel « on » comme sujet dans certains cas (« On m’a dit »).
Utiliser les mots « personne » et « quelqu’un »
Au lieu de dire « il » ou « elle », on peut employer des tournures comme « cette personne » ou « c’est quelqu’un qui » et continuer la phrase respectivement au féminin ou au masculin : il s’agit d’une forme d’accord syntaxique.
Utiliser un prénom, un surnom ou un pseudo
Quand la personne désignée possède un prénom mixte, son utilisation peut permettre d’éviter d’avoir à la genrer. De même, un pseudo ou un surnom permettent d’éviter un pronom personnel qui divulguerait un genre. Enfin, lorsqu’on est à l’oral uniquement, certains prénoms ne sont pas mixtes mais disposent d’un homophone pour le genre opposé (par exemple, « Nathanaël » et « Nathanaëlle »), qui évite de genrer1.
Utiliser la forme passive
Mettre un verbe à la forme passive peut souvent permettre d’utiliser un objet comme sujet et d’éviter certains accords. Attention cependant avec l’auxiliaire avoir : si la personne qu’on ne souhaite pas genrer se trouve en complément d’objet direct, il faut qu’elle se trouve après le participe passé.
Utiliser des formes adverbiales
Certaines phrases peuvent être tournées différemment pour utiliser un adverbe ou tournure adverbiale là où un adjectif serait traditionnellement utilisé. Comme toutes les transformations de forme de la phrase, on doit souvent légèrement déformer le sens de la phrase originale. Par exemple, « Je suis de bonne humeur » ne genre pas, contrairement à « Je suis content⋅e ».
Profiter des mots commençant par une voyelle
Les mots commençant par une voyelle permettent d’éliminer plusieurs marques de genre sur le mot les précédant : « le » ou « la » deviennent « l’ », « ma » devient « mon ». À l’oral uniquement, on peut également mentionner « beau » qui devient « bel », « ce » devient « cet », et autres changements similaires.
Utiliser une périphrase
Les périphrases sont une solution de dernier recours : elles rendent la compréhension plus complexe. Cependant, pour des mots qui sont fortement genrés, comme « mari » ou « femme », il est souvent difficile de faire autrement.

À l’oral uniquement

L’oral permet plus de libertés car certaines marques de genre ne s’entendent pas. Cela permet de minimiser le nombre de périphrases maladroites. Comme méthodes qui ne marchent qu’à l’oral, on peut recenser :

Utiliser des mots dont la différence entre masculin et féminin ne se prononce pas
Tous les participes passés en , ainsi que des mots comme « ami⋅e » rentrent dans cette catégorie. C’est l’équivalent d’utiliser des mots épicènes, sauf qu’on a un peu plus de libertés.
Effectuer des modifications phonétiques (« manger ses mots »)
En particulier, l’aphérèse notable de « il » ou « elle » et « ’l », ou la voyelle est omise (ou encore prononcée avec un son entre le « i » et le « è ») peut permettre d’éviter de genrer ce pronom personnel. À utiliser avec parcimonie.

  1. À noter : si c’est un prénom ou un pseudo que la personne que vous mentionnez préfère ne pas ou ne plus utiliser, respectez son choix et n’utilisez pas cette méthode.