Réflexions sur le genre

Une chose que je trouve regrettable dans notre société actuelle est l’omniprésence du genre dans toutes nos interactions sociales. La langue française elle-même nous force presque toujours à nous genrer, à genrer notre interlocut⋅eur⋅rice, à genrer les personnes dont on parle1. Mais, langue française à part – qui mériterait bien un billet sur comment genrer le moins possible avec – nos interactions sociales sont constamment influencées par notre genre et la manière dont on perçoit celui des personnes avec qui on interagit.

Par exemple, prenons l’interaction sociale la plus importante, la plus basique : dire bonjour. Si il s’agit d’une personne qui nous est parfaitement inconnue, la politesse nous enseigne qu’il faut dire « Bonjour Monsieur » ou « Bonjour Madame » : on peut déjà voir une différence de traitement, mais si elle n’est que de vocabulaire, alors même qu’on se connaît pas la personne en face, et que la seule chose qu’on utilise pour déterminer son genre est son apparence générale. Pourquoi cette différence ? J’opte personnellement pour un simple « Bonjour » neutre.

Une différence, plus flagrante, et qui n’est pas limitée au vocabulaire, est comment on salue un⋅e ami⋅e pas trop proche. Là, la société nous enseigne qu’il faut faire la bise si il y a au moins une fille parmi les deux personnes, mais qu’entre deux garçons, la poignée de main est de rigueur2, sauf éventuellement si ils se connaissent suffisamment. À nouveau, une différence de traitement. Si j’ai ma théorie sur la raison de ces comportements genrés – quelques reliquats de partriarcat et d’homophobie –, ce n’est pas ce dont je veux parler maintenant, qui sont les conséquences de cette infiltration du genre dans les interstices les plus étroits de nos relations sociales.

Je pense qu’on peut dire sans avoir trop de risques de se tromper que la quasi-totalité des interactions sociales que nous avons son influencées par le genre. Pourtant, nous ne nous en rendons la plupart du temps pas compte, mais la différence est là. Pourquoi sinon insisterait-on pour connaître le genre d’une personne avant toute interaction sociale ou presque, pourquoi serait-ce sur nos papiers d’identités, sur les sondages, sur les formulaires administratifs ?

Définir le genre

Je ne vais pas me hasarder à donner une définition absolue ici, puisque de nombreuses personnes ont réfléchi à la question depuis bien plus longtemps que moi et auront sûrement de bien meilleurs définitions. Je vais en revanche donner mon avis sur ce qui, je pense, est important à prendre en compte dans une telle définition.

D’un côté, on associe parfois le genre à la somme des stéréotypes qui y sont traditionnellement raccordés, mais se limiter à cela est réducteur, car on néglige alors tout l’aspect des interactions sociales. Si « être d’un genre » n’était que la somme des stéréotypes, comment expliquer que les personnes trans ne sont en général pas satisfaites de n’être out qu’en privé, et finissent par effectuer une transition sociale publique ? J’irais même jusqu’à dire que les stéréotypes de genre sont plus présents pour indiquer son propre genre aux autres personnes, dans le sens où le genre serait plutôt la manière dont on veut être considéré⋅e et la manière dont on veut qu’on interagisse avec nous.

Les conséquences

Dans les conséquences de l’existence du genre et des stéréotypes associés, on peut remarquer que la société va pousser les enfants, dès leur plus jeune âge, à se conformer au genre qu’on leur a assigné à la naissance. Évidemment, il arrive que celui-ci ne convienne pas, et c’est là le drame, car une portion bien trop importante de la société considère que le genre est statique et immuable. Et ceci fait vraiment du mal aux personnes trans, qui n’osent pas dire qui elles sont publiquement, par peur des représailles, par peur d’être exclu⋅e.

À cause de cette croyance – oh ! que trop répandue –, l’expérimentation avec son genre est considérée comme socialement inacceptable, et on s’attend de la part des personnes trans à ce qu’elles fassent un changement complet, définitif de leur identité. La France n’a que trop récemment enlevé les conditions de stérilisation pour le changement d’état civil…

Et pourtant, il serait pas si compliqué de ne pas imposer cette croyance sur les autres. Soyez ouvert⋅e⋅s aux ressentis d’autrui, faites comprendre aux autres qu’iels peuvent expérimenter sur leur genre, que vous seriez même prêt⋅e⋅s à les aider à le faire, et surtout, que vous ne les jugerez pas pour cela. À mon avis, plus d’une personne de votre entourage vous en sera reconnaissante.


  1. Essayez à l’occasion de parler sans genrer quelqu’un. C’est plus compliqué que cela en a l’air, en particulier à l’écrit.

  2. Évidemment, pas d’instructions en ce qui concerne les personnes non-binaires. Un jour leur existence même sera socialement acceptée, je l’espère…